Dans la première partie des Coulisses, je vous ai montré comment j’avais construit le template de mes cartes.
À ce stade, je savais où placer les différentes informations, quelle importance donner à l’illustration et comment organiser le recto et le verso.
Mais mes cartes étaient encore bien sages.
Des cadres. Des zones de texte. Quelques essais avec mes chats…
Il leur manquait encore une chose essentielle : une identité.
Et cette fois, je peux commencer à lever un petit coin du rideau.
La première collection sur laquelle je travaille est consacrée à l’univers de Les Flammes de l’Amour.
Non, je ne vais pas encore tout vous montrer.
Mais je peux enfin vous raconter un peu plus précisément comment cet univers a commencé à donner vie à mes cartes.
Une plume, une écaille et cinq raretés
J’ai commencé par les emblèmes de rareté.
Je ne voulais pas simplement créer cinq symboles permettant de savoir si une carte était Commune, Rare ou Mythique. Je voulais que ces emblèmes puissent raconter quelque chose eux aussi.
Ils devaient rappeler l’univers de la collection tout en conservant un lien avec Rêve de Plume.
Pour Les Flammes de l’Amour, je dois reconnaître que je n’ai pas eu besoin de chercher très longtemps.
Une écaille de dragon pour représenter l’univers.
Et l’éternelle plume de Rêve de Plume pour relier cette collection à tout ce qui l’entoure.
L’emblème était né.
Il fallait maintenant lui donner cinq niveaux de rareté.
Et c’est là que les essais ont commencé à nous apprendre des choses.
Nous avions déjà créé notre emblème Mythique lorsque nous avons commencé à travailler sur le Rare, qui devait être bleu. Parmi les différents essais, l’un d’eux nous a posé un petit problème assez amusant :
il avait davantage l’air d’un Mythique que notre Mythique lui-même.
Impossible de l’ignorer.
Nous avons donc changé notre Mythique.
Et surtout, cet essai nous a permis de comprendre quelque chose qui allait devenir une véritable règle pour la suite : la couleur seule ne suffisait pas à créer une hiérarchie entre les raretés.
La lumière et la brillance devaient participer elles aussi.
Plus la rareté diminue, plus leur intensité doit diminuer avec elle. Pas question pour autant de rendre les cartes moins rares complètement ternes. Elles doivent rester belles et avoir leur propre présence. Mais lorsque plusieurs emblèmes sont comparés, leur valeur doit aussi pouvoir se ressentir visuellement.
Les couleurs mises au point pour cette première collection sont finalement devenues mes couleurs de référence pour les suivantes.
L’écaille, elle, pourra disparaître.
La plume restera.
Elle devient le point commun entre les emblèmes de mes différentes collections, tandis que le symbole qui l’accompagne pourra évoluer selon l’univers représenté.
Sans vraiment l’avoir prévu au départ, Les Flammes de l’Amour venait donc de poser l’une des premières règles graphiques du TCG Rêve de Plume.
Un verso qui ne soit pas seulement un joli fond
Une fois les emblèmes suffisamment avancés, je me suis attaquée aux versos.
J’aurais pu créer un fond pour chaque catégorie de cartes et m’arrêter là.
Mais puisque j’avais déjà commencé à imaginer ce projet comme quelque chose qui pourrait traverser mes différents univers, je me suis posé une autre question :
qu’est-ce que je pourrais retrouver partout ?
C’est ainsi que trois concepts sont apparus.
Le Voyageur accompagne les cartes Personnages.
Le Bestiaire accompagne les Créatures.
Le Cartographe accompagne les Lieux.
Trois catégories que je peux retrouver dans différents univers et dont le concept pourra donc être réinterprété d’une collection à l’autre.
À côté d’elles, je voulais conserver la possibilité de créer des catégories propres à certains univers.
Dans Les Flammes de l’Amour, par exemple, il existe également l’Herboristerie.
Je ne vais pas imposer cette catégorie à toutes mes futures collections simplement pour que leur structure soit identique. Si un univers possède quelque chose qui mérite sa propre catégorie, je préfère lui laisser cette particularité.
Deux dans la lumière, deux dans l’ombre
Pour cette première collection, j’avais donc quatre concepts de versos.
Je ne voulais pas qu’en retournant les cartes, on se retrouve avec quatre illustrations toutes très claires ou, au contraire, quatre univers plongés dans l’obscurité.
J’ai décidé de chercher un équilibre : deux versos clairs et deux versos sombres.
Restait à déterminer lesquels.
Finalement, le choix s’est fait presque tout seul, parce que je ne voulais pas décider uniquement en fonction de ce qui serait joli.
Chaque ambiance devait avoir une raison d’exister.
Le Voyageur appartient à la nuit.
Il nous présente des personnages, mais ne les rencontre pas réellement. Il voyage lorsque les lieux habités se sont endormis et découvre les souvenirs de ceux qui y vivent.
Son verso devait donc être sombre.
Le Bestiaire l’a naturellement rejoint dans l’ombre. Après tout, c’est lorsque la nuit tombe que les véritables créatures s’éveillent et vivent. C’est aussi le meilleur moment pour espérer les apercevoir.
Le Cartographe, lui, nous présente ses cartes sur un parchemin. Le papier appelait naturellement quelque chose de plus clair.
Même chose pour l’Herboristerie : nous ouvrons un livre de plantes et découvrons ses pages.
Deux concepts dans la lumière.
Deux dans l’ombre.
L’équilibre que je cherchais était là, mais il restait encore à transformer ces idées en véritables versos.
Être joli ne suffit pas
Étonnamment, créer les illustrations elles-mêmes n’a pas été la partie la plus compliquée.
Je savais déjà dans quelle direction aller : je voulais quelque chose de clairement fantasy et illustré, sans tomber dans un rendu trop proche de l’animation, mais surtout sans aller vers le photoréalisme.
Les concepts étaient suffisamment précis pour guider leur création.
Le véritable problème est apparu avec quelque chose de beaucoup moins spectaculaire :
la lisibilité.
J’en avais déjà parlé lors de la création du template. Je voulais pouvoir utiliser une seule couleur d’écriture sur l’ensemble d’un verso.
Maintenant que les véritables fonds commençaient à exister, il fallait réussir à respecter cette règle.
Et « clair » ne signifie pas simplement mettre beaucoup de lumière.
Sur un verso clair, une zone trop lumineuse peut rendre un texte noir difficile à lire. Trop de détails derrière les informations produisent le même problème : le regard ne sait plus vraiment ce qu’il doit regarder.
Il fallait donc apprendre à calmer certaines parties de l’image sans lui enlever son identité.
Les versos sombres avaient le problème inverse.
Une scène nocturne a tout de même besoin de lumière. Sans elle, elle devient rapidement plate ou complètement illisible. Il fallait donc créer des points lumineux tout en contrôlant leur emplacement et leur diffusion.
Une lumière trop large derrière une zone destinée au texte blanc, et celui-ci commençait à disparaître.
J’avais voulu créer de beaux versos.
Je découvrais qu’il fallait surtout créer de beaux versos capables de faire leur travail une fois couverts de texte.
Le test avant la vraie épreuve
Une fois un verso suffisamment satisfaisant, je le teste avec des informations fictives.
Je remplis les différentes zones pour vérifier les proportions, la lisibilité et l’équilibre général.
Si tout fonctionne, le design passe alors… en attente.
Parce que je ne le considère toujours pas comme définitivement terminé.
Le véritable test arrivera lorsqu’il accueillera sa première vraie carte.
Cette fois, je ne pourrai plus choisir mes textes uniquement parce qu’ils rentrent parfaitement dans les espaces prévus. Il faudra y placer les informations dont la carte a réellement besoin.
Et c’est seulement à ce moment-là que je saurai si mes proportions tiennent toujours.
Peut-être qu’une zone se révélera trop petite.
Peut-être qu’une autre sera beaucoup trop grande.
Peut-être que tout fonctionnera exactement comme prévu.
Pour l’instant, je n’en sais rien.
Et c’est justement ce que j’ai envie de partager avec ces Coulisses : je ne vous montre pas un projet terminé en faisant semblant de reconstruire après coup toutes les étapes qui m’y ont menée.
Vous le découvrez pendant que je le construis.
Certaines décisions deviendront probablement des règles définitives. D’autres changeront lorsque les premières cartes les mettront réellement à l’épreuve.
Dans la prochaine partie, nous pourrons justement franchir cette étape et quitter progressivement les faux textes et les templates pour voir ce qui se passe lorsqu’une véritable carte commence à prendre sa place dans tout ce système.
Et puisque je vous ai déjà révélé aujourd’hui quel univers se cache derrière ma première collection, il serait peut-être injuste de refermer complètement la porte sans vous en montrer un tout petit morceau…
Premier emblème que je vous dévoile : la rareté Commune de la collection Les Flammes de l’Amour. L’écaille appartient à son univers ; la plume, elle, accompagnera Rêve de Plume bien au-delà de cette première collection.
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